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Tu marches dans ses rues froides depuis bientôt une demi - heure, parfois tu te retournes comme pour vérifier que je suis bien derrière toi. J'ai mal aux pieds et à la tête mais je ne dis rien, les rues sont vides. Tant mieux. Une petite fille et sa mère sortent d'un magasin, elles font mine de ne pas m'avoir vu et disparaissent le plus vite possible en se retournant pour me dévisager.
Merci, comme si la douleur n'étais pas assez dure.
Voyant que je ralentis tu agrippes ma main et la serre de toutes tes forces, évitant, fuyant mon regard tellement mon visage t'horrifie. Toi, ma propre mère, je te fais peur. Je t'en veux tellement. Tu me lances un « on est arrivées » avant de lâcher ma main et d'entrer dans le hall de cet hôpital. Je n'est pas envie d'y aller et tu le sais, pourtant je n'ai pas le choix. Je te suis aussi bien que je le peux à travers les couloirs, tu marches vite, trop vite.
Nous arrivons devant une petite porte noire avec une inscription gravée sur une plaque en or. En docteur, encore. Je peux parier ce qu'il va faire. Nous frappons, le médecin ouvre et, l'espace d'une seconde son regard se trouble en me voyant. Il fait mine de rien et me sourie avant de tendre la main vers moi - hors de questions de me faire une bise – pour me la serrer vigoureusement.
Tu me demandes de m'assoir sur un des deux sièges, chose que je fais immédiatement. Tu expliques la situation au docteur, je connais tes mots par c½ur, il hoche la tête, comme si il comprenait tout et il me demande de m'installer afin de m'examiner.
Une heure après nous sortons de cet horrible endroit, tu marches toujours aussi vite, l'air énervée. Tu es dessus je le sais, pour qui l'es-tu, ça en revanche je l'ignore. Tu me lance un « ne t'inquiète pas, on ira voir un autre médecin » Mais je sais bien que c'est inutile et même ta voix n'a plus la même assurance qu'avant. Tu as pourtant tout essayé, même la chirurgie esthétique mais je ne veux pas, je ne peux pas. Les brûlures ne partiront pas comme ça, si elles partent un jour.
Je sais que tu m'en veux d'avoir allumé le gaz ce jour là, mais je t'en veux aussi d'avoir préféré fumer une cigarette dehors plutôt que de surveiller ta fille. Cela ne sert à rien de s'en vouloir désormais, pourtant les faits sont là, tu serais venue se jour là, je serais peut être belle aujourd'hui. Cela fait maintenant dix ans que je supporte cet horrible visage. Dix ans que je supporte les moqueries et la solitude. Je fais peur aux gens, je dégoute les gens. Je comprends, mais pourquoi se moquent-ils ? Personne n'est à l'abri d'un accident qui peux nous défigurer et je souhaite que le monde entier devienne laid et endure ce que j'ai du enduré.
Tu t'engouffres dans le métro sans me regarder, tu sais que je suis là, c'est bon. Je te suis, docile, tel un chien bien dressé. Les gens me regardent, les petits font d'horribles grimaces et certains murmurent quelques petites phrases entre eux ... J'ai tellement peur du regard des gens ... J'enfouie ma tête entre mes mains et je sens ta main se poser sur mon épaule.
Je t'en veux mais au moins tu es toujours là pour moi ...
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Nous arrivons à la fin de la journée et tu as toujours cette mine renfrognée, tu es dessus, mais pas autant que moi. C'est impossible. Tu poses ta tasse de tisane avec violence, je sais ce que tu vas me dire, et ces conversations m'énervent.
__- Tu n'aurais jamais du allumer ce gaz ... Pourquoi tu as fais ça ...
Je me contente de baisser la tête. Je ne te répondrais pas et tu le sais, tu es habituée et te toute manière, ce n'est pas une question.
__- Tu savais que c'était dangereux ...
__- Tu n'avais qu'à pas fumer et me surveiller ...
__- Je t'ai manqué une seconde d'attention ! Juste une !
__- Et alors ? En une seconde il peut se passer beaucoup de chose ...
Je n'attends pas de réponse de ta part, je me lève et sort de la pièce. J'entends que tu pleures. Tu pleures souvent ces derniers temps mais quand papa rentre, tu fais mine de rien ...
Je sais que tu as raison, ce n'est pas de ta faute si tu ne me surveillais pas à ce moment là mais malheureusement, je ne peux pas revenir en arrière pour réparer ce que j'ai fais ce jour là, alors ne m'en veux pas maman ... Pas toi ... *
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